A propos.

Les petits talismans
Aller
à la rencontre du monde : dessiner un corps, un paysage…découvrir, voir ou revoir  alimentent la vision pour peindre.

La peinture est un travail de mémoire ; elle appréhende le temps dans son passage, ses traces, le vécu, le perçu. Peindre, c’est affronter des lieux, la visitation d’un moment capté, la saisie d’une vision ; donner vie à cette fugacité.

Faire durer, jouer avec la peur inouïe du temps qui passe, dans l’exaltation d’un bel instant, et dire un moment de justesse. C’est sans doute un peu plus que la saisie d’une vision. Un retour de rutilance, une vibration d'un instant.        
L’abstraction offre ce champ des possibles.     

                                                 

Construire, improviser, reconstruire.                                                       

En peinture le monde qui nous entoure m’apparaît comme un laboratoire ; collecte d'éléments, et la réalité vient parfois à être percutante. Des fusions s'opèrent. C’est un laboratoire car il se produit des émotions, des apparitions. Il est difficile de peindre sans apparitions. Il faut sans cesse partir à leur recherche. 
Des lieux et des lumières peuvent décider de tableaux ; tout commence aussi par jeu : des collages de pièces de tissus colorés, découpés, ajouts de sable parfois pour la rugosité de sa matière, traits, invitent à construire l’espace de la toile. Une couleur s’impose comme une énergie ; sa nature, sa consistance, sa densité, son intensité sont déterminantes ; une autre couleur, une autre matière sont alors le début d’un échange. Le trait peut y apporter une autre sorte d’écriture ; il concourt aussi à construire l’espace ; comme une ponctuation, il organise un autre rythme.
C’est une fausse improvisation car longuement préméditée. Des visions s’imposent, mais en même temps tout reste à faire, sensible, ludique, parfois obsédant.                   

 

Espaces et mémoire.
L’espace naturel est une source d’émotion et de visions ; il est primordial dans mon travail. J’aime visiter des portions de notre espace terrestre que je représente dans mes dessins et tableaux.
A l'horizontale, espaces de sable, de mer, d’arbres, de montagnes…à la verticale, puis le ciel et les nuages.
On pourrait parler de paysage, car il existe bel et bien une « vue », vue d'un espace qui existe indépendamment de nous, et s’offre à tous. Ce paysage résonne aussi intérieurement, se charge de significations et d’émotions, module des sensations internes, avec tous les sens, et toutes les pensées et divagations d’idées trouvent alors un territoire où infuser.
Saisir la combinaison dynamique d’un paysage en dessinant et en peignant est une expérience de l’éphémère ; la lumière est primordiale ; elle dit le passage, transforme et forge ce qui est, donne à voir et à penser.                                                                                                                                                        

 
« Figure-toi la mer ».
Deux ensembles de travaux sur papier présentés sont des déclinaisons de mon rapport à l'espace maritime de la Manche : une série commencée en 2010  "Littoral", puis GR223. Ces travaux sur papier s’attachent à l’évocation de la mer, mais aussi à son absence.

Sur le littoral de la Manche, marées basses et hautes alternent avec des amplitudes parfois si importantes que le paysage maritime embrasse un vaste espace de sable, seulement, tout à coup comme un désert, avec au loin, parfois très loin, la mer. Rien de pittoresque ; peu de choses : du sable, de l’eau abandonnée à la lumière venue du ciel, miroir d'eau propice à toutes les visions  - assemblage mouvant, alchimie de l’eau, du sol et de l’air.
Ces travaux sur papier sont déclinés selon des formats variés, avec différentes techniques : aquarelle, lavis, encres de Chine et de couleur, pastels et travaillent à capter les lumières changeantes, les horizons variés, à toutes les saisons et toutes les heures de la journée. Ils peuvent osciller entre des représentations figuratives, et d’autres plus abstraites, mais toujours fidèles à une vision sensible et tangible de lieux précis.
Il faut se figurer la mer, ses mouvements, ses reflets, et plus souvent encore son absence, laissant des espaces immenses de sable sculptés par l’eau et le vent.
Dessiner et peindre deviennent une expérience de l’éphémère. Capter ces espaces changeants.
Le travail continue souvent en peinture et des tableaux naissent de ces visions.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Propos.                                                                          

     "C’est peut-être avant tout la somptuosité de la couleur- une couleur qui est en même temps et sans distinction, forme, matière et rythme- qui caractérise cette peinture. Sujette à toutes les métamorphoses elle peut prendre du corps , s’étirer et durcir comme un émail, se rétracter comme une terre assoiffée, se fluidifier en transparences impalpables, jouer du poudroiement précieux des pigments ou gicler en filets rutilants et frais comme du vif argent. Des bleus profonds aux irisations d’encre sèche, de jaunes sulfureux et des rouges incandescents, dialoguent, s’opposent ou se font écho avec des fulgurances d’associations d’idées.

            C’est une peinture d’où se dégage un sentiment de solidité ou, pour mieux dire, de puissance maîtrisée. Il n’y a là, en effet, rien de statique, mais plutôt quelque chose comme un point d’équilibre dynamique entre les forces fougueuses qui animent la toile et lui donne sa respiration ample et sûre.

            C'est peinture du mouvement qui dit sans contradiction la vitesse de l’éclair et la lenteur de la fusion.

            C’est une peinture qui semble en train de se faire sous nos yeux tant elle capte avec bonheur le geste de peindre dans sa durée même : une pure énergie."

                                                                                                                                                                                    Claude Renaud